S'il n'y avait pas tes yeux

Dans la mer je dormirais
Dans tes prunelles je plonge

Sur le pavé je fleurirais
Dans tes pas je te dessine des allées

Au ciel je me réveillerais
Dans ton sourire je prépare un lit

Je jouerais invisible
Dans ton cœur je m'enferme

Au silence je te ravirais
De poésie je t'habille

Notre jour est une pomme verte
Coupée en deux

Je te regarde
Tu ne me vois pas
Entre nous demeure un soleil aveugle

Sur les marches
Notre étreinte rompue

Tu m'appelles
Je ne t'entends pas
Ente nous demeure une atmosphère sourde

Dans les vitrines
Mes lèvres recherchent
Ton sourire

Au carrefour
Notre baiser broyé

Je t'ai donné la main
Tu ne la ressens pas
Le vide t'a pris dans son étreinte

Sur les places
Ta larme recherche
Mes yeux

Le soir ma journée morte
rejoint ton jour mort

C'est seulement en rêve
Que nous traversons les mêmes paysages

Vasko Popa

 

 

 

Le paradoxe règne dans le monde poétique de Popa ! C'est un monde féroce, tendre, terrible, drôle, courageux, jeune, dynamique enthousiaste, opiniâtre, indifférent, pathétique, grotesque, coléreux, fatigué, enfantin, lourd, conventionnel et tout à fait frais. Le quartz et sa biographie personnelle ; les os humains et leurs dialogues. Popa, poète urbain, n'observe pas le brin d'herbe, le nuage et la femme afin de guetter et de saisir les traits de sa personnalité, de son « Moi profond ». Il l'écarte, je veux dire par là qu'il prive ses vers de la rime , de tout ce qui est maladif, conventionnel et sentimentalement égoïste. Ne se flattant pas, il ne flatte pas l'homme il rejette les vers des grands illusionnistes et des falsificateurs humanistes. Etre un homme n'est pas très attirant, c'est plutôt de l'héroïsme, un effort titanesque et un fardeau qu'il faut supporter avec dignité.