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Dès que vous tournez à gauche, en quittant la rue Forgeot, vous pouvez voir
quelques trois ou quatre choses, trois ou quatre évènements, trois ou quatre
paramètres qui font, un peu, le calendrier de la semaine: "Le Café de la
Poste" fermé, c'est lundi. Vous traversez la rue de la Gare, vous marchez coté
rivière, et vous voyez le café "Au bon coin" fermé, c'est mardi. Le
mercredi s'annonce de loin par le marché qui s'organise sur la place de la
République. On arrive à jeudi : alors tout est ouvert, mais il n'y a pas les
stands du marché. C'est comme le vendredi. Mais si vous voyez le locataire
de "la plus belle maison du village" sur sa terrasse, sa canne à pêche à la
main, c'est vendredi. Sinon nous sommes jeudi ! Je sors, tout les jours
pour faire ma petite promenade. Souvent, une fois sur la place du village, je
tourne à droite,et soit je prends encore une fois à droite et me dirige vers
le château, soit je continue et dépasse le bateau lavoir et emprunte le
chemin des Haleurs. Magnifique. J'aime me trouver là-bas. Calme. La rivière,
d'un vert intense, est lente, profonde, à mi - chemin de sa partie qui longe
le village se trouve un pontont, récemment construit. Une surface en planches
massives, prévue pour deux ou trois pêcheurs. Quand il n'y a personne, je
monte sur le ponton. Deux ou trois pas sur le bois, sur les planches. Je
suis, alors au bord. Je reste debout, d' abord. Je regarde le vert profond qui
passe lentement. Quelques minutes plus tard. Je m'assieds. La rivière
passe à quelques centimètres de mes pieds que je balance lentement au-dessus de
sa surface. Ce jour-là, un vendredi, je me trouvais sur le ponton. Il
faisait très beau. Je restais comme ça, pendant une heure et au moment, où
je pensais partir, j'entendis un bruit, un bruit de pas derrière moi. Même
avant de tourner ma tête, je savais que c'était quelqu'un avec un chien. Le
chien courrait à côté de l'homme habillé en noir. Le chien était noir, aussi.
Ils ne m'ont pas vu, et ils passèrent leur chemin. En les regardant
s'éloigner, j'ai senti une legère brise autour de moi, surpris qu'elle ne
faisait aucune vague sur l'eau. Plus étrange, encore ce petit vent portait une
odeur. Au moment où ils tournaient à gauche dans la ruelle des Oies, qui
monte et sort vers le bureau de la Poste, l'homme se tourna vers la rivière,
vers moi ?, et fit un signe avec son bras. Il me saluait ? Il me signalait :
Venez ? Etrangement, j'avais cette impression sans, toute fois, être sûr que
ce geste me fût destiné et je ne pouvais, même pas jurer avoir réellement vu
ce geste. Je me suis levé.Intrigué, je suis reparti dans la même direction
comme eux.. Je ne les voyais plus. Quand, moi aussi, je tournais dans la
ruelle des Oies, je vis le chien. En haut, de la pente, au bout de la ruelle. Il
était assis, tourné vers moi. Ses oreilles dressées. Il attendait. Il
m'attendait? Surpris, je me suis arrêté. Le chien ne bougeait pas, le regard
fixé dans ma direction. L'homme n'était pas visible. Je repris mon pas. J'ai
ressenti l'odeur et choqué je la reconnue. C'était une intense odeur de
coings en fleur. La logique ne le permetait pas, ce n'était pas la
période des coings. Il n'y en a même pas par ici. Et pourtant ! Le chien
s'est levé. Il me regardait toujours. J'ai vu l'homme quand je suis venu sur
le petit parking de la Poste. Il était assis par terre, le dos contre le mur.
"Vous allez bien, vous vous sentez bien"? "Oh, oui, oui, il me regardait
avec un sourire, c'est que je suis fatigué" Il était déja debout et continua
"Je crois qu'un courrier vous attend, vous avez une lettre dedans" il montra
l'entrée de la Poste." Ne me laissant pas le temps de m'étonner, de réagir,
de dire quoique ce soit, il me toucha le bras et dis : "Allez, allez le
chercher, votre message" Et j'obéis. Je me suis retrouvé dans le bureau
de la Poste, comme assommé, ivre de l'odeur des coings en fleurs. Au moment où,
la fille derrière le guichet me regarda, tout à coup conscient dans quelle
mesure, je pouvais avoir l'air ridicule , j'ai réclamé un timbre. Elle me le
donna et j'ai vu aussi une enveloppe. "C'est pour vous, un homme en noir,
avec un chien noir a laissé ça" Je me suis précipité vers la sortie. Le
parking était vide. Il n'y avait personne. L'odeur avait disparu aussi. La
lettre, je la connais, par coeur, maintennan. Je l'ai lue et relue mille
fois.
.....Le jour de mon neuvième anniversaire, je me promenais avec mon
père et nous nous sommes dirigés vers le grand fleuve, pour regarder les
bateaux passer sous le pont. J'étais heureux, j'adorais les bateaux, et j'avais
eu comme cadeau, ce que je désirais, ce, depuis plusieurs années. Et surtout
la guerre était finie. Oui, j'étais heureux et c'était, certainement, ce jour
- là que j'ai appris que le bonheur et son contraire, le malheur doivent être
partagés. Nous avons rencontré un garçon, blond, de trois ans plus jeune que
moi. Nous l'avons, d'abord entendu pleurer et puis nous l'avons vu, au coin
de la rue, laquelle menait vers le port. Mon père est allé vers lui. Le garçon
n'était pas perdu. Non. Il avait trouvé un petit chien et le petit chien le
suivait partout, ce petit chien voulait rester avec le garçon mais il ne
pouvait pas le prendre, ils étaient déja six personnes dans un deux pièce. "Je
ne peux pas sauver mon chien", criait - il...."Il me suit et je lui dis
vas-t-en, vas-t-en ". Mon père essayait de le calmer. Il lui parlait doucement
mais le garçon ne pouvait pas arrêter ses larmes. Il tremblait de tout son
corps. Ce n'était que beaucoup plus tard que j'ai pu donner une véritable
explication de son désespoir, à sa tristesse et à sa peur. Un garçon de neuf ans
que j'étais, je sentais, je savais que ce n'était pas les larmes d'un enfant
qui ne peut pas obtenir ce qu'il désire, non, et aussi, je savais que je
devais agir. J'ai mis mon album rouge pour les timbres , mon cadeau
d'anniversaire, entre les mains de mon père. Il me régarda et compit. "Je
cherche le chien" et je suis parti. Je l'ai trouvé facilement. Je l'ai pris
et je le portais. Mon père était seul. Le petit garçon était parti. Nous avons
gardé le chien. Nous sommes revenus plusieurs fois, chercher le garçon, mais
sa famille avait quitté Neo Planta, pour aller dans une autre ville. Nous
n'avons pas connu son nom. Moi, je me souvenais, seulement, du nom qu'il donnait
à son petit chien. ps Ce jour là, je n'ai pas vu les bateaux, mais j'ai
passé ma vie sur leurs ponts, devenu marin et plus tard capitaine.... Batta
Les jours qui ont suivi la première lecture, devant la Poste, la
deuxième, chez moi, dix minutes plus tard, et toutes les autres lectures,
dans les heures qui ont suivi, je les passais sans travailler, revenant vers
l'enveloppe et cherchant une suite, une autre page. Je ne pouvais pas faire
quoi que ce soit et je ne montais, même pas dans mon atelier, à l'étage. Le
sentiment du départ, ce sentiment de choc, de surprise, de refus, voir
d'impossibilité a cédé la place à un sentiment d'inquiétude, d'attente,
d'espoir pour finir dans un calme que j'ai transformé en un souvenir
agréable comme après avoir vu un bon film, une belle pièce de théâtre.
Une forte et courte pluie avait traversé le village et l'air était clair, la
lumière portait la vue au loin. J'ai pris quelques livres au hasard et un
coussin. C'était la première fois, depuis la rencontre avec l'homme en noir
et avec le chien noir, que je sortais. Je marchais lentement. Les gouttes de
pluie passée, glissaient sur les feuilles des arbres et tombaient sur le sol
humide. La rivière avait le visage lavé et frais. Les planches du ponton
séchaient rapidement sous le soleil de l'après-midi d'été. Je restais
debout, comme toujours, pendant les premières minutes sur le ponton. Puis,
assis, je regardais l'eau. Quelques feuilles passaient, nagaient sur son dos.
Elles passaient sous mes pieds comme les bateaux sous le pont. Comme les
bateaux sous le pont. Je sors les bouquins de mon sac. Je prends le rouge. Je
l'ouvre. Les timbres rangés par séries. Un petit vent se lève. Je lis sur la
première page de l'album : "A Batta pour son anniversaire, Papa." Je ferme la
page. La brise apporte l'odeur des coings en fleurs. J'entends un petit bruit.
Le chien noir est à côté de moi. Je n'ose pas bouger. Je ne respire plus. Je
ferme les yeux. Je sens les coings. Je pose ma main sur le dos du chien. Il
est mouillé et son corps est chaud. J'ouvre les yeux. Il regarde la rivière et bat de la queue. Il
aimerait sauter dans l'eau. Comme dans le Danube à Neoplanta. Je sens son
corps et les fleurs de coings. Comme à Neo Planta. Je me lève. " Tu vas nager
demain, Jecky. Viens je t'emmmène à la maison
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